L'anatomie d'un sprint; par Pierrick Naud de Rally Cycling

Jul 05 2016 0 Comments Tags: Criterium, Jake Kauffman, Lead-out, Optum, Pierrick Naud, Rally Cycling, Road Race, Sprint

Dans toutes les courses de vélo, que ce soit dans un grand tour comme le Tour de France ou un petit critérium de quartier, deux scénarios d’arrivée sont envisageables : une échappée qui se rend au bout, ou alors le grand spectacle : un sprint de peloton.

Les courses à faible dénivelé ont davantage de chance de voir une arrivée massive, se solvant par un combat entre les sprinteurs désignés, souvent favoris pour remporter ce genre d’épreuve. C’est le cas de notre ami Pierrick Naud, l’Amossois d’origine, maintenant domestique et sprinteur chez Rally Cycling, l’une des grosses équipes Continentales Américaines.

Lors des étapes plus plates, Pierrick est l’un des athlètes que Rally Cycling désignera comme sprinteur, si celle-ci se joue au sprint. Vue de l’extérieur, une arrivée au sprint semble chaotique et désorganisée, mais au sein du peloton, à des vitesses frôlant parfois les 65kmh, les plus méthodiques auront plus de chances lever les bras à la ligne.

Pierrick nous a décortiqué un sprint en 5 étapes, telles que mises en œuvre chez Rally Cycling.

1-Save the legs.

Tout au long de la course, les équipiers apporteront des bouteilles venant de la voiture derrière, protègeront du vent et vont s’assurer que celui-ci ne manque de rien. Si leur leader désigné chute ou a un ennui mécanique, ses coéquipiers l’attendront pour l’aider à revenir sur le peloton.

Un élément très important lorsque je suis le sprinteur désigné pour la journée est de tout faire pour conserver le plus d’énergie possible. Par exemple, si la course débute et qu’il y a des attaques de tous les côtés, ce n’est pas mon travail de couvrir ces échappées; je dois plutôt rester bien caché dans les roues et tenter de rester le plus frais possible jusqu’au final.

 2- Se regrouper et préparer le final

Avec environ 60 kilomètres à faire, c’est le moment où je commence à penser de plus en plus au final. La veille de la course, on regarde les 5 derniers kilomètres sur Google Maps® pour voir l’allure des virages, s’il y a des obstacles, etc. Cela nous aide beaucoup à visualiser les derniers moments de la course. J’essaye alors de trouver mes coéquipiers tranquillement.

Si il y a des coureurs en échappée, les équipes qui n’y sont pas représentées commenceront à accélérer pour s’assurer de les reprendre. Les grosses équipes de sprinteurs prendront souvent cette responsabilité, comme c’est eux qui ont le plus à perdre.

De plus, mon alimentation se dirige vers de l’énergie rapide comme des gels au lieu de la nourriture solide. Parfois, lorsque je dois m’économiser tout au long de la course, j’ai de la difficulté à rester sharp et les gels caféines m’aident à me réveiller et à garder les réflexes affutés pour les derniers kilomètres, où tout se passe tellement vite!

3-Avec 10 kilomètres à faire : Positionnement !

Cette partie dépend surtout des effectifs de l’équipe. Si une équipe est assez nombreuse pour présenter un train complet consacré au sprint final, celle-ci voudra surement prendre les devants très tôt et tenter de les garder jusqu’à la fin. Par contre, il arrive parfois que les sprinteurs n’aient que 2 ou 3 coéquipiers pour les mener au sprint. Si c’est le cas, ces coureurs vont être plus patient et prendre les devants beaucoup plus tard, soit vers 3 kilomètres à faire. C’est d’ailleurs ce que font Antoine Duchesne et les équipiers de Bryan Coquard chez Direct Energie; ils vont se pointer le nez aux avants postes vers la fin, mais sans prendre le contrôle de la course. Plutôt, ils laisseront les grosses équipes de sprinteurs comme Etixx et Dimension Data imposer le rythme, en s’assurant de rester dans les bonnes roues.

Fort d'un train extrèmement puissant, l'équipe World-Tour Etixx-Quick Step est un exemple de regroupement et de positionnement. Les gros rouleurs comme Tony Martin fourniront l'effort en début de lead-out pour mener à un sprint final de L'Allemand Marcel Kittel. Lorsqu'il ne sont pas représentés dans l'échappée, nous sommes presque assurés de voir les coureurs d'Etixx se regrouper et prendre le contrôle des derniers kilomètres d'une façon exemplaire. 

Etixx-Quickstep taking control of the last km

4- Dans les 3 derniers kilomètres : Burn and turn!

Idéalement, il doit rester 3 équipiers en plus du sprinteur avec 1500m à faire. C’est là qu’on va vraiment mesurer la puissance des lead-out, c’est à dire les 3-4 équipiers qui, un à un, vont tout donner pour que leur sprinteur reste en bonne position jusqu’à ce qu’il démarre son sprint. À ce stade-ci, les lead-out donnent tout ce qu’ils ont, souvent jusqu’à épuisement complet. On les voit d’ailleurs souvent se ranger sur le côté après avoir effectué un tel effort. Habituellement, les plus fort rouleurs seront en début de train, alors que les équipiers avec le plus de kick seront les derniers du lead-out à fournir leur effort et laisser place au sprint final. 

L'un des meilleurs exemples de ces derniers kilomètres a été tourné en 2014, à l'intérieur même du train de Giant-Alpecin grâce aux caméras embarquées. John Degenkolb, le sprinteur désigé de l'équipe, terminera 3e de cette étape derrière Sacha Modolo (Lampre) et Peter Sagan (Cannondale)

 

Dans le dernier kilomètre, on verra aussi les sprinteurs qui n’ont qu’un équipier essayer de remonter jusqu’aux devants. Avec peu d’effectifs, remonter vers le devant de la course demande un effort de puissance et de pilotage incroyable. Toutes les équipes essaient d’être aux devants, et c’est pourquoi ça frotte beaucoup et à de telles vitesses, le risque de chute est très grand. À très haut niveau, certains sont prêts à prendre de très gros risques pour se placer dans les derniers mètres. Lors des premiers jours du Tour de France, Le champion du monde et maillot jaune Peter Sagan a d’ailleurs pris un la parole pour sensibiliser les autres coureurs aux risques souvent dangereux, que certains prennent entre la flamme rouge et l’arrivée.

 5- Avec 300m à faire : #Sprint !

Chaque sprinteur est différent et a ses préférences. C’est pour cela que l’endroit où le sprint commence dépend un peu de chaque sprinteur. Certains vont préférer sprinter plus longtemps, mais avec un moins gros kick. C’est le cas du Norvégien Alexander Kristoff, qui a l’habitude de démarrer son effort souvent de très loin.

Il y a aussi de sprinteurs qui vont préférer rester dans la roue le plus longtemps possible et profiter de l’aspiration des coureurs qui partent le sprint de loin tenter de les passer au tout dernier moment. Peter Sagan et Bryan Coquard sont reconnus pour ce genre d’effort explosif. Personnellement, c’est à 200m que se trouve le point optimal où démarrer mon effort. Dans les 200 derniers mètres, je peux souvent atteindre des vitesses de 65kmh, et des pointes de puissance dépassant les 1600 watts. Sachant que mes coéquipiers ont dû tout donner pour préparer ces 200 mètres, il est de ma responsabilité d’y aller à fond à mon tour. On ne gagne pas toutes les courses, mais quand les circonstances sont en notre faveur et que les jambes sont bonnes, rien n’égal le sentiment de remporter une victoire au sprint pour l’équipe.

Pierrick naud remporte l'étape au Tour du Saguenay 2015

Ci-haut, Pierrick remporte la 3e étape du Tour du Saguenay, grâce à un sprint bien préparé par lui et ses équipiers chez Optum Pro Cycling (maintenant Rally Cycling) Photo : Optum Pro Cycling

 Si vous voulez (re)vivre un fort moment de la carrière de Pierrick, écoutez les derniers tours de sa victoire à Redlands Bicycle Classic de 2014 alors que lui et son équipier Jake Kauffman faisaient partie d'une échappée de 5 coureurs devant un peloton très relevé. 

 



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